Debate Study (expérimentation)

Ressources pour pratiquer le débat

Par FRANCK THENARD-DUVIVIER, publié le mardi 31 octobre 2017 18:59 - Mis à jour le mardi 31 octobre 2017 21:45
Débats sur le vote blanc et l'abstention au lycée Fauriel
Pratiques de débat, exercices pour travailler la prise de parole en public, références bibliographiques et sitographiques.

Ressources

Pour mettre en œuvre les programmes d’enseignement moral et civique (EMC), Eduscol propose six pratiques pédagogiques pour donner « aux élèves la possibilité de construire leur jugement moral » (Eduscol) et quatre « autres modalités pour pratiquer le débat » (Eduscol).

« Le débat est par excellence constitutif de l'espace public en démocratie. Comme pratique démocratique, il vise la recherche d'un compromis ou d'un consensus sur fond de divergence des points de vue, voire de conflit. La pratique du débat facilite particulièrement la construction du jugement moral et du civisme chez les élèves. En ce sens, elle se situe au cœur d'une éducation à la citoyenneté. » (Eduscol)

Pratiques pédagogiques proposées sur Eduscol
  •  Le débat argumenté (ou réglé). « Un débat réglé ou argumenté est un moyen pour tout individu d’exprimer son point de vue dans le cadre d’un échange régi par des règles. C’est une discussion entre différentes personnes sur une question controversée où chacune doit savoir maîtriser sa parole, laisser la place à celle de l’autre, comprendre son point de vue même quand elle ne le partage pas et chercher à convaincre en argumentant. Il s’agit donc d’un échange dont chacune des parties peut tirer profit et non d’un affrontement avec un gagnant et un perdant » (Eduscol, 2015). Concrètement, le débat est animé par un élève qui a pour mission de distribuer la parole, faire préciser, reformuler, relancer et veiller qu’à la fin du débat tout le monde soit au moins intervenu une fois. Un élève est secrétaire et doit garder une trace claire, juste et précise des débats. La mission de chaque élève est de faire avancer le débat en apportant des arguments, précis et développés, tout en respectant la parole des autres. Le rôle de l’enseignant est d’évaluer (et non de prendre position), de faire en sorte que toutes les opinions exprimées s’appuient sur des arguments valides. La reprise permet de clarifier ce qui était flou ou inexact. La difficulté généralement rencontrée dans ce type de débat est que les échanges restent souvent formels, les arguments sont parfois peu fondés ou vérifiés. En outre, la qualité du débat dépend beaucoup du meneur. [Déroulement et bilan repris de Christophe Montez, Former au débat citoyen au lycée, Mémoire pour le Certificat d’aptitude aux fonctions de formateur académique (CAFFA), 2017, académie de Grenoble, p. 6-8.]
  • Le dilemme moral « propose deux issues à l'élève sans que l'une ou l'autre ne soit bonne ou juste a priori. En EMC, l'objectif des dilemmes moraux est de faire croître l'autonomie morale des élèves et de leur apprendre à développer leur capacité à juger par eux-mêmes. Cette pratique s'inscrit dans le cadre d'une discussion fondée sur l'empathie et l'écoute mutuelle » (Eduscol, 2015).
  •  La discussion à visée philosophique (ou oral réflexif) « a pour objet de réfléchir au sens des choses, en dehors de toute prise de décision et sans viser l'action. Cette réflexion implique de sortir de soi-même, de partager les questions existentielles dans le temps et l'espace pour penser notre condition humaine dans ce qui fonde notre rapport au monde et aux autres » (Eduscol, 2015).
  • La méthode de la clarification des valeurs « peut se définir comme une méthode d'éducation aux valeurs fondée sur l'examen méthodique d'une expérience de vie. Elle s'appuie sur des principes en cohérence avec les finalités de l'EMC : le développement de compétences transversales visant l'autonomie morale, permettant d'ajuster les valeurs aux aléas de la vie » (Eduscol, 2015).
  • Les conseils d'élèves. « Instances consultatives, aux niveaux de la classe et de l'école élémentaire ou du collège, ils sont avant tout des lieux privilégiés de dialogue et d'échange entre tous les membres, d'expression libre des suggestions et propositions des élèves, voire de décision, sur des événements en relation avec la vie de leur classe, de leur école ou de leur établissement (organisation des règles de vie, du temps et de l'espace scolaire, règlement de conflits entre élèves, préparation de projets, d'événements fédérateurs, etc.). Ils permettent d'orienter l'organisation et d'améliorer la vie de la classe, le fonctionnement de l'école ou du collège et doivent aussi pouvoir être à l'initiative de quelques actions qui sont mises effectivement en place chaque année » (Eduscol, 2015).
  • La technique des messages clairs « vise à orienter la discussion vers la résolution non-violente de petits différends, à désamorcer de petits conflits entre pairs, dans un esprit de responsabilité, de respect mutuel et de construction de l'autonomie. À ce titre, il apparaît comme un outil pertinent pour améliorer le climat scolaire dans le premier degré » (Eduscol, 2015).
Autres modalités pour pratiquer le débat (Eduscol)
  •  Les « quatre coins » (four corner debate). « Les élèves sont confrontés à une affirmation et doivent se positionner dans un des quatre coins de la salle de classe selon qu’ils sont "tout à fait d’accord", "plutôt d’accord", "plutôt pas d’accord" ou "pas d’accord du tout". Chaque groupe travaille ensuite à la construction d’un argumentaire à l’appui du point de vue choisi. Une fois ces argumentaires présentés à l’oral (désigner un ou plusieurs rapporteurs si nécessaire), les élèves peuvent décider de changer leur position initiale. Chaque groupe rédige ensuite une synthèse présentant les quatre arguments les plus importants à l’appui de son point de vue. Ce type de débat peut être particulièrement pertinent pour faire émerger des représentations et travailler à leur mise à distance » (Eduscol, 2015).
  •  Le « bocal » (fishbowl debate). « La classe est divisée en trois groupes : deux groupes "d’experts" (qui ont chacun travaillé un argumentaire pour étayer un point de vue, assigné ou choisi, sur la question débattue) et un troisième groupe d’élèves "auditeurs". Les chaises sont réparties en deux cercles concentriques (le premier cercle constitue le "bocal" où ont lieu les échanges ; le cercle extérieur est occupé par le reste de la classe). Les deux groupes "d’experts" se succèdent d’abord dans le "bocal" pour présenter leurs arguments et les affiner par la discussion. C’est ensuite au tour des élèves "auditeurs" de pouvoir occuper le "bocal" pour réagir aux arguments présentés par les "experts". Cette succession peut être répétée plusieurs fois (on peut diviser le débat en familles d’arguments ou l’orienter en fonction de l’évolution des argumentaires). Une variante consiste à former le "bocal" avec 10 chaises, 3 pour chaque groupe d’élèves "experts" et 4 pour les élèves "auditeurs". Les 6 élèves "experts" présentent leur argumentaire, avec une phase de réfutation, puis restent dans le "bocal" tout au long du débat. Des élèves "auditeurs" peuvent se succéder pour intervenir sur 3 des 4 chaises restantes. Une chaise reste toujours libre et lorsqu’un élève "auditeur" vient s’y installer, un autre élève "auditeur" doit quitter le "bocal" » (Eduscol, 2015).
  •  « Pense seul, à deux, à quatre » (think-pair-share). « Les élèves sont confrontés à la question à débattre et préparent individuellement un argumentaire. Ils confrontent ensuite leurs notes par binômes puis par groupes de quatre. Lors de cette phase, ils décident du point de vue qu’ils vont défendre et précisent leurs arguments. Enfin, chaque groupe présente sa position et les arguments principaux qui la soutiennent à l’ensemble de la classe. On peut choisir la forme de l’interaction entre les groupes : lors de la présentation ou lors du bilan réflexif collectif. Certains élèves peuvent aussi être secrétaires de séance (consignation des argumentaires) ou évaluateurs afin d’éviter la succession chronophage des présentations fondées sur des argumentaires voisins. La présence d’une phase individuelle et de deux phases de groupes avec la perspective d’une tâche finale constitue une situation de communication qui permet une interaction réelle entre les membres des binômes et des groupes » (Eduscol, 2015).
  •  « Résolution de problèmes » (problem solving debate). « On constitue deux groupes de 4 élèves chacun. La question débattue doit impliquer une évolution possible (ex : "L’Union Européenne doit-elle instaurer la taxe Tobin ?"). Les élèves interviennent en binômes de points de vue opposés. Les deux premiers présentent la question débattue et les enjeux principaux de chaque position. Les suivants expliquent pourquoi des changements doivent ou non intervenir. Les derniers proposent un plan d’action. Ce type de débat peut être particulièrement pertinent dans des situations de simulation et de jeu de rôles » (Eduscol, 2015).

Débat parlementaire mené par les étudiants de Lettres supérieures du lycée Fauriel (novembre 2016),
dans le contexte de l'Assemblée des citoyens d'Athènes en 431 av. J.-C. : "Faut-il déclencher la guerre contre Sparte"

 

Autres pratiques de débat

Les méthodes et exercice pour débattre ou faire débattre sont nombreuses, notamment pratiquées par les associations étudiants et d’éducation populaire ou encore inspirées des méthodes de démocratie participative. Par exemple, dans son guide Débattre autrement, le réseau Animafac propose des conseils et des outils d’animation : les porteurs de paroles, la banque de questions, la boule de neige, le débat mouvant, les groupes d’interviews mutuelles. Il présente également des outils plus complexes inspirés notamment des méthodes de démocratie participative : BarCamp, World Café, Ateliers de l’avenir, Hold-ups créatifs, Théâtre-Forum, Jury citoyen. Certaines techniques peuvent être utilisées dans le cadre scolaire à condition de bien définir, avec les élèves, les objectifs et les règles du débat, mais aussi les compétences travaillées.

Références bibliographiques complètes ci-après. Source : http://www.cefes.umontreal.ca/pafeu/parcours_formation/enseigner/animer_debat.html.

  •  Les jeux de rôle (role play debate). L'enseignant assigne un rôle aux élèves, individuellement ou en petits groupes, représentant une partie prenante dans un enjeu particulier. Chacun doit défendre la position de la partie qui lui a été attribuée. Le jeu de rôle peut être fait également par l'enseignant. Par exemple, il pourrait porter un chapeau différent pour symboliser les diverses positions idéologiques (Kennedy, 2007).
  •  Le débat Lincoln-Douglas (Lincoln-Douglas debate). Une personne en confronte une autre (comme dans les débats politiques). Le temps alloué à chaque partie est limité afin que chacune puisse présenter son argument de départ, réfuter les objections de son opposant et conclure son argumentation (Kennedy, 2007).
  •  Lieux de rencontre (meeting-house debate). À tour de rôle, les équipes donnent leur argument de départ. Le reste de la classe interroge les participants ou formule des commentaires. L'enseignant joue le rôle du modérateur. Il s'assure que chaque participant reçoit le même nombre de questions. Chaque participant présente un argument de conclusion (Kennedy, 2007).
  •  Le débat panel (panel debate). L'enseignant demande aux élèves de lire un chapitre de livre. Il expose trois points de vue politiques; il invite les élèves à choisir trois ou quatre points de vue qu'ils voudraient défendre devant la classe. Il met le nom de tous les élèves dans un chapeau et en tire un au hasard qui choisit la position qu'il veut défendre. Trois autres seront ainsi tirés au sort. Un modérateur, désigné par l'enseignant, introduit la problématique à débattre et mène les débats. Il peut poser une question à l'un des élèves choisis ou une question générale aux trois; le reste de la classe peut également poser des questions aux panélistes; les participants réagissent aux propos émis et interviennent pour pousser la réflexion plus loin. Durant les cinq dernières minutes du cours, l'enseignant demande aux panélistes et au modérateur de sortir de leurs rôles respectifs afin de résumer le débat (Crone, 1997).
  •  Le débat contradictoire (split-class debate). L'enseignant divise la classe en deux groupes. Il écrit deux points de vue opposés au tableau. Les élèves devront défendre l'un ou l'autre selon le côté où ils se trouvent dans la classe. Après le débat, l'enseignant résume ce qui s'est passé pendant le débat (Crone, 1997).
  •  Le débat mouvant (ou débat de positionnement) autorise chacun à prendre la parole et donne aux plus réservés l'opportunité de se positionner « selon si il est d’accord ou pas d’accord avec la phrase prononcée par l'animateur (ou peut se positionner dans la zone d'incertitude si celle-ci existe). Chaque camp prend alternativement la parole - à la condition de détenir le "bâton de parole" - pour exposer un argument destiné à défendre son positionnement. Les personnes localisées dans la zone d'incertitude n'ont pas droit à la parole tant qu'elles y restent. Chacun est libre de changer de camp, ou de rejoindre une des deux zones, si les arguments adverses l'ont convaincu. » [Rosène Charpine, académie de Grenoble, en ligne. Voir aussi le guide d’Animafac (p. 25) cité dans la sitographie.]
  •  Le débat « en axes orthonormés » conduit les élèves à justifier leur positionnement physique par rapport à deux axes imaginaires se croisant à angle droit au centre de la classe et apportant chacun une réaction à une question ou une situation selon des termes antagonistes (normal/pas normal, d’accord/pas d’accord, juste/injuste, violent/pas violent, raciste/pas raciste, légal/illégal). [Source : Anthony Merle, académie de Grenoble, 2013, en ligne.]
  •  Le débat silencieux consiste à réagir à un texte ou à une situation en écrivant, sur des petites feuilles (format A6), son ressenti, ses questions, si on est d’accord ou pas. Les feuilles sont anonymes et ramassées. L’animateur lit quelques réactions et les redistribue toutes au hasard. À l’aide d’une 2e feuille, chacun peut réagir à nouveau. L’animateur ramasse et lit, puis redistribue une dernière fois. L'animateur organise la synthèse dynamique des échanges. Ce format « donne la possibilité de débattre de manière anonyme et donc d'éviter les focalisations personnelles et interpersonnelles qui peuvent gérer l'écoute mutuelle et les échanges. C'est une technique particulièrement adaptée aux classes agitées ou, au contraire, aux élèves qui ont des difficultés à prendre la parole en public, à s'exprimer sous le regard des autres ». [Rosène Charpine, académie de Grenoble, en ligne.]
  •  Le format de débat « Karl Popper » favorise la coopération en équipe et la progression rapide et rythmée de la réflexion. Un sujet posé sous la forme d’une assertion contestable. S’affrontent deux équipes de trois (partisans et opposants) ; les autres sont jury - spectateurs et comptent le temps. Les deux équipes ont 5 min pour se préparer selon un tour de parole rigoureusement fixé, qui engage : la présentation d’un point de vue, l’écoute aiguë, la formulation de questions, la réfutation de la contre-argumentation, le tout sur un tempo soutenu et un temps de parole minuté et décompté. C’est un match de football intellectuel, où partisans et opposants sont amenés à défendre une position qui n’est pas nécessairement la leur.
  •  Le débat de style « parlementaire britannique » est « issu des traditions du Parlement du Royaume-Uni à Westminster, [il] suit quelques conventions de la Chambre des Communes. Le gouvernement et l’opposition se font face. Les deux camps prennent la parole à tour de rôle. [...] [Il] prévoit également la présentation de questions de renseignement, similaires aux interventions que les membres du Parlement s’autorisent mutuellement. La motion est présentée sous le format "Cette Assemblée" et traitée comme un projet de loi qui sera adopté ou rejeté. [...] Le format prévoit des motions bien définies, des discours de sept minutes et la présentation des commentaires à la suite des sept premiers tours. » [Harvey-Smith Neil, Guide pratique des techniques de débat, 2013, p. 2-3]
Quelques exercices pour travailler la prise de parole en public et les compétences oratoires

Ces exercices sont proches, pour certains, de ce qui peut se pratiquer dans les ateliers de prise de parole en public, voire d’improvisation théâtrales. C’est pourquoi, ils permettent de construire les compétences oratoires des élèves en amont des temps de débat proprement dit. En outre, ces exercices favorisent la prise de confiance en soi et la cohésion du groupe. Il est d’ailleurs efficace de recourir au savoir-faire d’un enseignant de théâtre ou d’un comédien professionnel.

À partir des éléments communiqués par Marianne Tomi. Merci à elle !

  •  La croisière. Objectif. Apprendre à se défendre, à changer de position, souder le groupe. Déroulement. Répartir les élèves en plusieurs groupes si nécessaire. Expliquer qu’on fait une croisière d’agrément. Chacun se crée une identité imaginaire intéressante (un artiste, un scientifique, une célébrité…) et se présente aux autres membres de la croisière. Le formateur annonce une mauvaise nouvelle : « le bateau coule et il n’y a qu’un canoë de sauvetage sur lequel une personne ne pourra embarquer faute de place »… Il faut désigner cette personne. Chacun doit alors présenter un argument expliquant pourquoi il est important qu’il reste en vie, puis le groupe décide de la personne qui restera sur le bateau qui coule (5 min). Lorsque celle-ci est désignée, l’animateur renverse la situation : la personne choisie est en fait la plus importante, et chaque membre du groupe doit maintenant donner un argument en sa faveur (5 min).
  •  La proclamation. Objectif. Prendre de l’assurance face au public : présence, rayonnement, impact. Déroulement. Les débatteurs pensent à une phrase, un slogan, ou une citation. Chacun à son tour, ils montent sur une table placée face au groupe (le professeur ou un élève à son côté pour l’aider à monter et redescendre) et clame avec conviction sa phrase devant le public de la salle (qui applaudit).
  •  L’incarnation. Objectif. Prendre de l’assurance face au public : présence, conviction, incarnation. Déroulement. Inscrire sur des petits papiers le nom d’une chose abstraite, d’un objet ou d’un animal (la table d’un écrivain, un corbeau, une planète où on est heureux, un ordinateur, un chien dans un réfrigérateur…). Distribuer un papier à chaque participant. Donner 3 min pour imaginer comment incarner le mot inscrit, par la parole et le geste. Demander à chacun de venir face au groupe jouer cette incarnation. Demander au public de deviner de quoi il s’agit.
  •  Le geste et la parole. Objectif. Apprendre à se concentrer, à se détendre. Méthode. On choisit deux personnes. Une personne doit raconter sa journée. Sinon on peut proposer un sujet (ex : « Quand je rentre chez moi après le débat qu’est-ce que je fais jusqu’au lendemain »). En même temps, elle doit répondre aux questions posées par le reste du groupe qui peuvent n’avoir aucun rapport avec ce qu’elle raconte (ex : tes projets d’avenir, la météo). Pendant ce temps, la seconde personne se met face à la première et fait différents gestes (se gratter les sourcils, cligner des yeux, se mettre sur une jambe, tendre un bras) que la première doit reproduire. Elle fait donc trois choses en même temps: raconter, répondre aux questions et imiter les gestes.
  •  Sujet, Exemple, Contre-exemple (SEC). Objectif. Initier à la recherche de sujets, d’exemples et contre exemples, organiser une activité d’équipe. Outils. Prévoir de grandes feuilles blanches et des feutres de différentes couleurs. Déroulement. Faire des groupes de trois personnes. Distribuer à chaque groupe une feuille et un feutre. Chaque groupe choisit un sujet de débat défini par une assertion contestable et l’écrit sur la feuille. On fait tourner les feuilles et le groupe suivant se consulte pour confirmer l’affirmation initiale en donnant un exemple concret qu’il écrit sur la même feuille. On refait tourner et le groupe qui suit doit contredire la proposition précédente en donnant un exemple. Et ainsi de suite jusqu’à ce que la feuille revienne à chaque groupe.
  •  Un mot c’est tout ! Objectif. Motiver et faire participer activement tous les participants, leur apprendre à structurer leur discours et le présenter en temps limité (3 min). Préparation. Sur des papiers différents, écrire deux sujets : l’un concret, l’autre abstrait (voir tableau). Le nombre de papiers doit être supérieur au nombre de participants. L’animateur explique les règles de l’activité aux participants. Consignes. Choisir un des deux mots écrits sur un papier et préparer un discours de 2 min. Respecter les règles suivantes : 1/Faire une introduction (2-3 phrases). 2/Définir le sujet (1-2 phrases). 3/Trouver 3-5 affirmations qui prouvent l’importance du sujet (soulignent les avantages). 4/Donner 3-5 phrases pour voir le côté négatif (les inconvénients). 5/Conclure et terminer le discours. Donner 10-15 min pour la préparation. Critères d’évaluation (à expliquer) : 1/ La structure du discours doit correspondre à la consigne du professeur. 2/ Le contenu du discours doit être intéressant et informatif. 3/ Le discours doit saisir l’attention du public : intonation, contact avec le public, etc. Déroulement. Au début inviter un participant, écouter son discours et le commenter. Expliquer combien de points il gagne pour chaque aspect du discours. Après, inviter les participants à tour de rôle ou tirer au sort. Éviter de faire des remarques ! C’est aux autres participants d’évaluer les intervenants et de compléter le tableau. À la fin de la séance, ramasser les papiers d’évaluation. On peut écrire la moyenne de la note obtenue par chacun.
  •  L’improvisation sur deux mots (variante d’un mot c’est tout !). Déroulement. Parmi deux mots (ex : examen-concurrence), un participant choisit le mot « examen » et présente un discours. Puis, sans préparation, il doit trouver un rapport entre le mot « examen » et « concurrence ». On peut choisir les paires de mots en lien avec le contenu de la séance. Exemples : Nature – Lion ; Amitié – Ami ; Haine – Sorcière ; Espace - Avion ; Bonheur – Famille ; Education - Livre ; Noël – Sapin...
  •  Le réflexe. Objectif. Trouver des arguments pour/contre rapidement, faire la synthèse. Déroulement. Le groupe se met en cercle. Le formateur lance un sujet (ex : « la nourriture française est la moins bonne du monde ») et désigne au hasard un participant qui doit réagir en donnant pendant 1 min le plus possible d’arguments en ce sens. Ensuite, une autre personne est désignée avec 2 min pour réfuter tous les arguments de son prédécesseur. Le 3e tente de réfuter les arguments du 2e et de trouver de nouveaux arguments pour le sujet, et le 4e peut choisir, soit de compléter, soit de réfuter. Le dernier fait la synthèse.
  •  La balle au bond. Objectif. Entraîner à trouver des arguments rapidement, créer une activité de groupe. Déroulement. Les participants se tiennent en cercle, le formateur jette une balle à l’un d’eux. La personne qui attrape la balle propose une assertion (vous pouvez préciser le sujet, ou le laisser libre) et jette la balle à une autre personne. La personne qui attrape la balle doit réfuter l'assertion ou la confirmer en fournissant une raison. Le jeu continue. Si un joueur ne sait plus comment répondre, ou si vous êtes resté trop longtemps sur un sujet, vous pouvez lancer un sujet différent.
  •  Un discours imprévu. Objectif. Développer l’expressivité, l’attention et l’imaginaire, créer une activité de groupe ludique. Déroulement. Les participants se mettent en cercle. L’un d’eux commence à raconter une histoire, qui peut être imaginaire ou vraie, mais en y mettant de l’expressivité (de l’humour, de la tragédie,  ironie, tristesse, sarcasme, agressivité etc.). Périodiquement, l’animateur demande à un autre de continuer. Pendant que les uns discutent, les autres veillent à ce qu’ils ne dévient pas du sujet et gardent l’expression voulue. L’un d’entre eux contrôle le temps. Une fois la discussion finie, les observateurs doivent présenter leur analyse, proposer leurs idées et conseiller.
  • Sous les feux. Objectif. Apprendre à réfuter. Déroulement. On choisit une assertion simple (ex. « Paris est la plus belle capitale d’Europe »). Un débatteur se place au milieu de la salle. Les autres forment un cercle et chacun leur tour donnent un argument pour soutenir l’assertion que la personne au centre doit réfuter. Le jeu se termine lorsqu’il n’y a plus d’argument ou lorsque plusieurs tours sont accomplis ; dans ce cas, la personne au centre a remporté l’épreuve ; si cette personne ne peut réfuter un argument, elle a perdu et quelqu’un prend sa place.
  •  La rencontre des esprits. Objectif. Apprendre à mettre en relation logique des idées, et pour cela construire un raisonnement. Déroulement. L’entraîneur prépare des citations de différents auteurs inscrites sur des papiers et en distribue deux à chaque débatteur. Chacun, à son tour, devra lire la première des deux citations et la justifier ou la réfuter. Ensuite, chacun doit lire la seconde citation et chercher à la mettre en rapport avec la première par un raisonnement logique.
  •  Permutation. Objectif. Travailler la synthèse, l’écoute l’argumentation, la concision. Déroulement. Formez un cercle. Une personne présente la motion (ex. « le suicide assisté devrait être légalisé »), puis désigne une autre personne en disant « permuter ». À ce moment- là, cette personne se met immédiatement à parler en avançant un argument en faveur de la motion. Une permutation a lieu toutes les 30 secondes selon le même procédé et chaque nouvel orateur poursuit comme s’il s’agissait du même discours. Au bout d’un certain temps, le chef du groupe dit « changer », les participants doivent alors commencer à argumenter contre la motion, passant d’un orateur à l’autre.
  •  Bluff. Objectif. Travailler sur la capacité de persuasion, faire face à n’importe quelle situation rencontrée au cours d’un débat, utiliser le bluff dans l’argumentation. Déroulement. Tout le monde rédige une question sur un bout de papier (une question « débattable » et difficile), une question dont l’auteur ignore la réponse. Ex. : « Comment pouvons-nous résoudre le problème de la déforestation en Amérique du Sud ? » ou « Le salaire des footballeurs doit-il être plafonné ? ». Les papiers sont pliés et placés dans un bol. Chaque personne choisit une question, la lit et donne une réponse claire, fluide et convaincante en une minute. Il peut s’agir de votre opinion ou pas.
  •  Changer le monde. Objectif. Prendre confiance en soi, travailler l’expression et l’argumentation, les capacités d’écoute et de synthèse. Déroulement. Formulez une idée qui selon vous rendra le monde meilleur. Ensuite essayez de la faire accepter par le groupe. Vous devez l’expliquer et être passionné quant à ses avantages. Sans limitation de temps, il s’agit d’une occasion pour se lever, commencer à parler et paraître convaincant. Pour transformer l’exercice en compétition, les membres des groupes peuvent voter pour la meilleure idée à la fin.
  •  Jeu de la montgolfière en perdition. Objectif. Développer les compétences en matière d’expression et d’argumentation. Le caractère étrange du scénario permet aux personnes d’être décontractées et passionnées dans leur discours en public. Scénario. Vous êtes une personne célèbre de votre choix à bord d’une montgolfière faisant le tour du monde. Elle ne peut pas supporter le poids de tous les passagers et donc certains doivent être jetés par-dessus bord pour sauver les autres (le groupe décide du nombre !). Vous devez plaider avec ferveur pour rester à bord du ballon. Dès que les appels à jeter quelqu’un d’autre commencent, vous vous mettez à écouter et à synthétiser également.

Simulations de débats à l'ONU lors du Lyon MUN 2016 auquel a participé une délégation d'étudiants du lycée Fauriel.

 

Les « simulations » de débats et de négociations
  •  Model United Nations (MUN). Simulations de cycles de négociations multilatérales se déroulant aux Nations-Unies, les MUN sont organisés dans de nombreuses villes du monde. C’est un véritable parcours du combattant : chaque participant, incarnant le diplomate du pays qu'il représente, doit défendre ses intérêts durant dix heures par jour, pendant 3-4 jours. Les participants sont répartis en comités, qui se voient répartir des problématiques différentes. L'objectif final est d'écrire – mais surtout de parvenir à voter – une résolution commune aux pays composant le comité afin de résoudre ladite problématique. Chaque délégué doit donc apprendre à cacher ou à nuancer ses priorités nationales pour s'accorder avec celles des autres. Inévitablement, des camps de dessinent, et une véritable course aux voix s'organise. Les délégués, pour convaincre leurs opposants, rallier les indécis, ou conforter leurs appuis, peuvent prendre la parole en public à travers des discours enflammés ou œuvrer dans l'ombre à travers des négociations bilatérales secrètes. Des déclinaisons existent désormais dans les lycées. Par exemple, dans l’académie de Lyon, outre le Lyon MUN principalement organisé par les étudiants de l’université Lyon III, on compte le FerMUN du lycée international de Ferney-Voltaire, le ILYMUN proposé par la Cité Scolaire Internationale de Lyon et l'International School of Lyon ou encore le BPMUN du lycée Balise-Pascal à Charbonnière-les-Bains. Source.
  •  Parlement jeunesse du Québec. Créé en 1949 et organisé par des étudiants, il consiste en une simulation annuelle des travaux parlementaires, dans la salle de l'Assemblée nationale. Il permet à ses participants de débattre dans un esprit non-partisan. Les règles de procédure s’inspirent en partie de celles en vigueur à l’Assemblée nationale. Source.
  •  Simulation de comité parlementaire (Canada). Pratique pédagogique courante au Canada pour initier les élèves au travail des comités parlementaires et au processus législatif. Ex : un projet de loi sur « l'harmonie en classe » qui vise à limiter l'’utilisation des médias sociaux dans les salles de classe. La simulation peut être adaptée à n'’importe quel type de classe. Source.
  • Parlement européen des jeunes (PEJ) France. Crée en 1994, il s’attache à promouvoir la citoyenneté dans sa dimension européenne auprès des jeunes, en les intéressant au développement de l’Europe. Source.
 
Autres pratiques liées à l’art oratoire
  •  L’association Aequivox organise des joutes oratoires et « ambitionne de transmettre aux citoyens les outils nécessaires pour comprendre l’actualité et décrypter les discours politiques. Source.
  •  L’association Toastmaster pratique « l'art de parler en public ». Pour en savoir plus (sur Lyon).
  •  La compagnie Balagan Système (Lyon) propose une Foire d'empoigne dont l'objectif est de donner aux lycéens un premier contact sensible et ludique avec la philosophie et le jeu de l'argumentation. Quatre à six comédien(ne)s investissent l'établissement une semaine durant et proposent un programme varié de dialogues joués, performances, lectures, jeux d'argumentation et prises de paroles impromptues. Elle propose aussi une dispute Pro et Contra qui met en situation d'expérimenter le retournement de notre jugement. Soit, pour une question définie, la capacité à soutenir positivement une argumentation face à un adversaire qui, pour sa part, soutiendra la position contraire. Il s'agira, pour l'une et l'autre des équipes d'emporter l'adhésion du jury. Les disputes sont précédées d'exercices préparatoires : prendre la parole en public, construire un argumentaire, définir un rôle, faire équipe pour soutenir une position, envisager le point de vue de l'adversaire, persuader un auditoire... Source.
  • Les « débats citoyens » en langues vivantes (exemple de l’académie de Rouen) font s'opposer deux équipes de quatre élèves sur un sujet de société en lien avec les programmes d’enseignement. Chaque équipe défend une position pour ou contre qui est tirée au sort. Les débatteurs sont donc amenés à défendre une position qui peut être différente de ce qu'ils pensent véritablement. Un jury silencieux les écoute et décide de l'équipe vainqueur. Critères d'évaluation : compétences linguistiques, capacité d'écoute, respect de l'équipe adverse, capacité à s'entraider, capacité à construire un argumentaire convaincant. Source.
  •  L’Isoloir : sorte de serious game autour d'un vote en trois temps (vote d'opinion, vote documenté, vote débattu). Ce nouveau dispositif participatif invite les jeunes à expérimenter divers modes de citoyenneté et à faire entendre leurs voix sur de grands enjeux de société. L’Isoloir est un outil d’éducation au numérique par le numérique, destiné aux jeunes de 14 à 18 ans sous deux modes de jeu différents : mode atelier animé par l’enseignant (qui aura au préalable créé un compte utilisateur) avec un groupe de 10 à 30 élèves à l’aide d’un vidéoprojecteur ; mode individuel (les élèves peuvent expérimenter L’Isoloir seuls ou à plusieurs sur une même session). Source.

Références

Bibliographie (sélection)

Clivaz Stéphane, « Les Lesson Study ? Kesako ? », Math-Ecole, n°224, nov. 2015, p. 23-26 (en ligne).

Clivaz Stéphane, « Les Lesson Study : Des situations scolaires aux situations d’apprentissage professionnel pour les enseignants », Revue des HEP et institutions assimilées de Suisse romande et du Tessin, n°19, 2015, p. 99-105.

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Gaussel Marie, Développer l’esprit critique par l’argumentation : de l’élève au citoyen, Dossier de veille de l’IFÉ, n°108, fév. 2016 (en ligne).

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Filmographie

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Ressources en ligne (sélection)

Académie de Grenoble, six pratiques de débat proposées par Rosène Charpine : http://www.ac-grenoble.fr/disciplines/hg/articles.php?lng=fr&pg=1237.

Animafac, guide pratique « Débattre autrement », 2013 : http://www.animafac.net/media/guidedebattre-autrement.pdf.

CARDIE de Lyon, Debate Study : www.cardie-lyon.org/debate-study.

Concours Eloquentia de Saint-Denis, comment préparer sa plaidoirie : http://eloquentia-saintdenis.fr/concours.

École Supérieure de Journalisme (Lille) et agence française de coopération médias (CFI), 100 fiches téléchargeables, dont les techniques d’interview : http://www.24hdansuneredaction.com.

Eduscol, Méthodes et démarches en EMC : http://eduscol.education.fr/cid92404/methodes-et-demarches.html#lien0.

Expérithèque, Debate Study : http://eduscol.education.fr/experitheque/fiches/fiche12988.pdf.

Fédération canadienne de débat, fiches pratiques sur le débat : http://www.commelair.ca/fcde/publications.htm.

Kadékol, webradio de l’Institut français de l’Éducation (IFÉ-ENS Lyon) : http://ife.enslyon.fr/kadekol.

Laboratoire pédagogique (catholique), fiches animation débat/table ronde : http://labopedagogique.free.fr/Les_outils/outils_divers.html.

Université de Montréal, synthèse sur la pratique du débat en classe : http://www.cefes.umontreal.ca/pafeu/parcours_formation/enseigner/animer_debat.html.

Web pédagogique, propositions de débat par Emmanuel Grange : http://lewebpedagogique.com/blog/le-debat-argumente-quand-la-classe-et-la-democratie-vivent.

Pour approfondir
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